dimanche 19 avril 2009
samedi 18 avril 2009
mardi 14 avril 2009
samedi 11 avril 2009
Sculpter le vide *4
Phase 04
Idem. Face à face.
Cette petite garce me dévisage. Sans un mot. Je me vois me lever d’un trait, lancer mon bras, lui mettre une claque. Sonore. Et me délecter de l’envoyer valser plus loin, de lui faire lâcher cet indécent morceau de salade, de la faire dégringoler hors de ma zone comme on bouscule une quille. Ces pensées me traversent l’esprit avec précision, une à une, alors que la gamine me fixe la face. Elle respire fort, la vache. Je suis pétrifiée. Sensation accentuée lorsque je découvre ses bras, de molles tiges dont la finesse jure avec le gras du reste. Et ces doigts, menus, serrés, innombrables, recroquevillés autour de l’atroce feuille verdâtre à l’odeur d’huître.
« Anatèle ! Anatèle ! »
La gosse se débine. Les enfants sont des chiens, ils sont affectueux et reniflent en quantité. En tournant la tête j’aperçois les dos de mère et fille inscrits dans la perspective de l’allée du parc. Qui a bien pu féconder cette femme pour engendrer pareille incongruité ? C’est dans ces moments-là qu’il est utile d’invoquer un poncif neutralisant la réflexion – « pardonne leur, ils ne savent pas ce qu’ils font » par exemple – et de fermer les yeux pour profiter du soleil.
Idem. Face à face.
Cette petite garce me dévisage. Sans un mot. Je me vois me lever d’un trait, lancer mon bras, lui mettre une claque. Sonore. Et me délecter de l’envoyer valser plus loin, de lui faire lâcher cet indécent morceau de salade, de la faire dégringoler hors de ma zone comme on bouscule une quille. Ces pensées me traversent l’esprit avec précision, une à une, alors que la gamine me fixe la face. Elle respire fort, la vache. Je suis pétrifiée. Sensation accentuée lorsque je découvre ses bras, de molles tiges dont la finesse jure avec le gras du reste. Et ces doigts, menus, serrés, innombrables, recroquevillés autour de l’atroce feuille verdâtre à l’odeur d’huître.
« Anatèle ! Anatèle ! »
La gosse se débine. Les enfants sont des chiens, ils sont affectueux et reniflent en quantité. En tournant la tête j’aperçois les dos de mère et fille inscrits dans la perspective de l’allée du parc. Qui a bien pu féconder cette femme pour engendrer pareille incongruité ? C’est dans ces moments-là qu’il est utile d’invoquer un poncif neutralisant la réflexion – « pardonne leur, ils ne savent pas ce qu’ils font » par exemple – et de fermer les yeux pour profiter du soleil.
mercredi 8 avril 2009
Action
lundi 6 avril 2009
Sculpter le vide *3
Phase 03
Toujours même lieu, même chaise, juste moi.
Alors je me rassieds, à quasi tâtons. Je suis myope. Dehors m’aveugle, j’observe dedans. L’effrayante banalité de ceux qui voient bien depuis leur naissance m’a toujours frappée. Impossible d’échapper au commun si on voit bien. Une cécité, réelle ou fantasmée, est indispensable à la création d’original. Voir mal laisse l’imagination broder le reste des réponses. Grincement. Une femme en robe d’été bleuâtre pénètre dans mon périmètre. Elle n’est pas seule. Un visage cachée par une frange trop longue, des pieds qui marchent comme à reculons, une tête obstinément baissée par la bouderie, sa fille, grassouillette. Bien qu’indésirable, cette gamine attire mon attention. Elle tient entre ses doigts quelque chose, quelque chose de vert, quelque chose qu’elle porte à sa bouche : une feuille de salade. N’allez pas me dire que cette enfant grignote exclusivement des feuilles de salade, elle est bien plus grosse qu’un lapin ! Mon dieu, voici qu’elle s’arrête à ma hauteur. Je me délite.
Toujours même lieu, même chaise, juste moi.
Alors je me rassieds, à quasi tâtons. Je suis myope. Dehors m’aveugle, j’observe dedans. L’effrayante banalité de ceux qui voient bien depuis leur naissance m’a toujours frappée. Impossible d’échapper au commun si on voit bien. Une cécité, réelle ou fantasmée, est indispensable à la création d’original. Voir mal laisse l’imagination broder le reste des réponses. Grincement. Une femme en robe d’été bleuâtre pénètre dans mon périmètre. Elle n’est pas seule. Un visage cachée par une frange trop longue, des pieds qui marchent comme à reculons, une tête obstinément baissée par la bouderie, sa fille, grassouillette. Bien qu’indésirable, cette gamine attire mon attention. Elle tient entre ses doigts quelque chose, quelque chose de vert, quelque chose qu’elle porte à sa bouche : une feuille de salade. N’allez pas me dire que cette enfant grignote exclusivement des feuilles de salade, elle est bien plus grosse qu’un lapin ! Mon dieu, voici qu’elle s’arrête à ma hauteur. Je me délite.
jeudi 2 avril 2009
Sculpter le vide *2
Phase 02
Au même endroit.
Assise sur cette chaise, je me vois muette, en lisière d’abscons. Stop. Je me lève. Halète. Stop. Corps locomotive, souffle fournaise. Stop. L’impuissance me serre les dents. Douleur et ridicule me piquent net au vif et soudain je me vois me dépêcher d’articuler à toute vitesse des phrases interminables et inutiles sans aucune ponctuation interstitielle pouvant aider un interlocuteur ou un auditeur à appréhender le sens exact de ces paroles jetées au vent dans l’espoir de masquer l’intolérable gène qui m’a surprise sans crier gare à cet instant précis stop. Surtout que je suis seule, debout. Idiote.
à suivre
Au même endroit.
Assise sur cette chaise, je me vois muette, en lisière d’abscons. Stop. Je me lève. Halète. Stop. Corps locomotive, souffle fournaise. Stop. L’impuissance me serre les dents. Douleur et ridicule me piquent net au vif et soudain je me vois me dépêcher d’articuler à toute vitesse des phrases interminables et inutiles sans aucune ponctuation interstitielle pouvant aider un interlocuteur ou un auditeur à appréhender le sens exact de ces paroles jetées au vent dans l’espoir de masquer l’intolérable gène qui m’a surprise sans crier gare à cet instant précis stop. Surtout que je suis seule, debout. Idiote.
à suivre
mardi 31 mars 2009
Épître à dent
Paris, le 31 mars 2009
Mon cher Barnabé,
Je te suppose en bonne santé, toujours aussi alerte et vif. Du moins, je te le souhaite. Dans le cas inverse, ne t’inquiète pas, la médecine fait des miracles et je ne doute pas de ton prompt rétablissement. Si toutefois tu te trouves à l’agonie, sache que tu n’es pas seul. Nous sommes tous logés à la même enseigne, et chaque nouveau jour nous emmène un peu plus loin vers notre disparition définitive. Par malheur, la nature inquiète de l’humain a la tendance fâcheuse à transformer en menace tout ce qu’elle échoue à appréhender. Si toi aussi tu as peur, ne t’inquiète pas, c’est normal. Respire un bon coup, mourir n’est pas si grave. Le tout est de savoir rester digne. Je ne doute en aucun cas de ta force intérieure, tiens toi droit, et savoure ces derniers instants avec bravoure. Je pense à toi.
Apparemment, tes récentes activités sexuelles se sont bien passées. On ne m’en a dit que du bien. Félicitation, tu m’étonneras toujours. J’ai adoré le moment des orteils, mais l’apogée a été atteinte avec l’idée du puzzle. Il n’y a que toi pour inventer de telles absurdités ! Tu vas me manquer.

De mon côté, tout va bien. Je passe mon temps à croiser un certain Alphonse dans la rue, plusieurs fois par jour. Il ressemble à ta mère. Je n’ai pas osé lui dire car nous ne parlons pas de ce genre de choses. L’autre fois, il a évoqué la possibilité de venir prendre un bain chez moi, un jour où je ne suis pas là. Je trouve l’idée très bonne, cela va élever ma baignoire au rang public ; je me verrais donc officiellement considéré comme « possédant une baignoire », ce qui est beaucoup plus valorisant socialement que de n’avoir qu’une douche.
Ah oui, j’oubliais : ton chat est tombé du balcon hier, il est en fort mauvais état. Le vétérinaire a dû lui amputer les deux pattes avant. Il est actuellement encore sous anesthésie, mais il s’en sortira. Savais-tu qu’il existait des prothèses de pattes pour animaux domestiques ? Il y en a de toutes sortes, mais j’ai opté pour la simplicité (tu es, je pense, d’accord avec moi). Deux sobres jambes en bois enrobées de mousse feront amplement l’affaire. Je t’enverrais une photo du nouveau corps de Gino dès qu’il sera complet !
Cher Barnabé, la rédaction de cette lettre fut un plaisir.
Je te souhaite une bonne santé, un prompt rétablissement ou une belle mort ; je passe le bonjour de ta part à Alphonse et Gino.
Vive les prothèses, je t’embrasse.
Simon Le Pointu
Mon cher Barnabé,
Je te suppose en bonne santé, toujours aussi alerte et vif. Du moins, je te le souhaite. Dans le cas inverse, ne t’inquiète pas, la médecine fait des miracles et je ne doute pas de ton prompt rétablissement. Si toutefois tu te trouves à l’agonie, sache que tu n’es pas seul. Nous sommes tous logés à la même enseigne, et chaque nouveau jour nous emmène un peu plus loin vers notre disparition définitive. Par malheur, la nature inquiète de l’humain a la tendance fâcheuse à transformer en menace tout ce qu’elle échoue à appréhender. Si toi aussi tu as peur, ne t’inquiète pas, c’est normal. Respire un bon coup, mourir n’est pas si grave. Le tout est de savoir rester digne. Je ne doute en aucun cas de ta force intérieure, tiens toi droit, et savoure ces derniers instants avec bravoure. Je pense à toi.
Apparemment, tes récentes activités sexuelles se sont bien passées. On ne m’en a dit que du bien. Félicitation, tu m’étonneras toujours. J’ai adoré le moment des orteils, mais l’apogée a été atteinte avec l’idée du puzzle. Il n’y a que toi pour inventer de telles absurdités ! Tu vas me manquer.

De mon côté, tout va bien. Je passe mon temps à croiser un certain Alphonse dans la rue, plusieurs fois par jour. Il ressemble à ta mère. Je n’ai pas osé lui dire car nous ne parlons pas de ce genre de choses. L’autre fois, il a évoqué la possibilité de venir prendre un bain chez moi, un jour où je ne suis pas là. Je trouve l’idée très bonne, cela va élever ma baignoire au rang public ; je me verrais donc officiellement considéré comme « possédant une baignoire », ce qui est beaucoup plus valorisant socialement que de n’avoir qu’une douche.
Ah oui, j’oubliais : ton chat est tombé du balcon hier, il est en fort mauvais état. Le vétérinaire a dû lui amputer les deux pattes avant. Il est actuellement encore sous anesthésie, mais il s’en sortira. Savais-tu qu’il existait des prothèses de pattes pour animaux domestiques ? Il y en a de toutes sortes, mais j’ai opté pour la simplicité (tu es, je pense, d’accord avec moi). Deux sobres jambes en bois enrobées de mousse feront amplement l’affaire. Je t’enverrais une photo du nouveau corps de Gino dès qu’il sera complet !
Cher Barnabé, la rédaction de cette lettre fut un plaisir.
Je te souhaite une bonne santé, un prompt rétablissement ou une belle mort ; je passe le bonjour de ta part à Alphonse et Gino.
Vive les prothèses, je t’embrasse.
Simon Le Pointu
Sculpter le vide *1
Phase 01
25 degrés, brise, quelques arbres.
Assise sur cette chaise, je me vois hébétée, en lisière de nonchalance. Mon être fuit par expirations nettes. Intérieurement, je suis conque. Spacieuse. L’inattendu m’a pris de court : bousculade, chute, liquéfaction. Le présent est évaporé. Un dernier résidu d’agitation gigote, fervent, énervant. Il tente avec acharnement de tracer des mots dans l’absence, mais je l’ignore. Je préfère conserver ma charmante chute. Tout en moi est mou et je suis précaire équilibre sur l’unique point solide. Bouger équivaut à tomber : l’immobilité est solution. Les bruits alentour, ma respiration, les infinies vibrations de mon œil, le goût de ma salive, le passage de l’air frais dans mes narines, les grattements, les images fugitives, restent périphérie. Au centre, une fissure calme où rien ne s’imprime, brèche où le temps explose : silence.
à suivre
25 degrés, brise, quelques arbres.
Assise sur cette chaise, je me vois hébétée, en lisière de nonchalance. Mon être fuit par expirations nettes. Intérieurement, je suis conque. Spacieuse. L’inattendu m’a pris de court : bousculade, chute, liquéfaction. Le présent est évaporé. Un dernier résidu d’agitation gigote, fervent, énervant. Il tente avec acharnement de tracer des mots dans l’absence, mais je l’ignore. Je préfère conserver ma charmante chute. Tout en moi est mou et je suis précaire équilibre sur l’unique point solide. Bouger équivaut à tomber : l’immobilité est solution. Les bruits alentour, ma respiration, les infinies vibrations de mon œil, le goût de ma salive, le passage de l’air frais dans mes narines, les grattements, les images fugitives, restent périphérie. Au centre, une fissure calme où rien ne s’imprime, brèche où le temps explose : silence.
à suivre
lundi 23 mars 2009
Kiwi Power
La délicieuse Sasha, dénicheuse de tendances, globe trotter et journaliste, vient de publier un article sur l'inondation de tissu chlorophylle à laquelle j'ai allègrement participé à coup de création de tee-shirt !
Je vous laisse découvrir son article ici, et par la même occasion son blog là !
Je vous laisse découvrir son article ici, et par la même occasion son blog là !
vendredi 20 mars 2009
Idiot de Macaigne !
C'est avec une jubilation non contenue que j'ai lu l'article de Mr Philippe Du Vignal à propos du spectacle "Idiot !" au Théâtre National de Chaillot, mis en scène par Vincent Macaigne.
La particularité de cet ambitieux spectacle - de trois heures trente - est d'avoir réussi à me faire quitter mon siège au bout d'une heure. Dieu que j'ai regretté les tomates ! Et si, au lieu de débarrasser le plancher, j'avais pu me lever pour leur crier à tous un retentissant "vos gueules", j'aurais été aux anges ! Quelle drôle d'idée de faire subir autant de violence à son public... et de surcroît, uniquement pour se faire remarquer.
En attendant de vous faire lire un article salé et hautement subjectif à ce sujet, jetez donc un oeil à celui de Philippe Du Vignal aux dires plus modérés - et documentés - que les miens.
La particularité de cet ambitieux spectacle - de trois heures trente - est d'avoir réussi à me faire quitter mon siège au bout d'une heure. Dieu que j'ai regretté les tomates ! Et si, au lieu de débarrasser le plancher, j'avais pu me lever pour leur crier à tous un retentissant "vos gueules", j'aurais été aux anges ! Quelle drôle d'idée de faire subir autant de violence à son public... et de surcroît, uniquement pour se faire remarquer.
En attendant de vous faire lire un article salé et hautement subjectif à ce sujet, jetez donc un oeil à celui de Philippe Du Vignal aux dires plus modérés - et documentés - que les miens.
Portraits à Gennevilliers
Deux critiques à la fois sur Les Trois Coups, dans le cadre du cycle "Portrait/portrait" au Théâtre de Gennevillers :
• une pour "Loin..." de Rachid Ouramdane
• une autre "De mes propres mains" de Pascal Rambert
• une pour "Loin..." de Rachid Ouramdane
• une autre "De mes propres mains" de Pascal Rambert
dimanche 15 mars 2009
L'Homme Art
Un Homme habillé en justaucorps noir est assis à table. Il tient entre les mains un homard cuit et le fixe avec une grande intensité.
HOMME , au homard
Tu sais, je crois que nous ne sommes pas si différents que ça. Sauf que toi, tu es cuit. Moi j'en pince encore... Si tu n’étais pas si cuit, je te dirais que je t’aime, et tu l’entendrais, oui, je suis sûr que tu l’entendrais. Je serais cru. Nous ne sommes pas si différents l’un de l’autre.Tandis qu'il parle, trois personnes aux visages recouverts d'un tissu Bleu Foncé, Vermillon et Vert Olive, eux aussi en justaucorps noir, viennent se placer autour de lui très calmement.
BLEU FONCÉ
Il faut qu’on parle.VERMILLON
L’heure est grave.HOMME, détachant difficilement les yeux de son homard
Ha oui ?VERT OLIVE
VERMILLON
BLEU FONCÉ
HOMME
VERMILLON
Ça ne peut plus durerBLEU FONCÉ
VERT OLIVE, secouant la tête
HOMME, sincère
Mais quoi ? Qu’est-ce qui ne peut plus durer ?BLEU FONCÉ, aux autres
VERT OLIVE
VERMILLON
HOMME, étonné
VERT OLIVE
Parfaitement !VERMILLON
BLEU FONCÉ
Ça tombe sous le sens !VERT OLIVE
Sensiblement !VERMILLON
VERT OLIVE
BLEU FONCÉ
VERT OLIVE
Oui !HOMME
VERMILLON
Tu n’as pas compris ?BLEU FONCÉ
Il n’a pas compris.VERMILLON
Il ne comprend rien !VERT OLIVE
Un âne !BLEU FONCÉ
Un benêt !VERT OLIVE
Impossible !Silence
BLEU FONCÉ, montrant du doigt le visage de l'Homme
Ça !
HOMME, se portant prestement la main au visage
Non !
BLEU FONCÉ, VERMILLON et VERT OLIVE
Si !
VERMILLONHOMME, outré
Mais non, vous dis-je !
Un temps. Ils s'observent, en suspend.
C'est le moment.
VERT OLIVE, d'une voix doucereuse, lui posant la main sur l'épaule
Ça ne fait pas mal.
BLEU FONCÉ, lui posant la main sur l'autre épaule
C'est l'affaire de quelques minutes.
VERMILLON
VERMILLON
Nous t'aimons déjà.
HOMME
Monstres !L'Homme se dégage brusquement et tente de s'enfuir de la pièce.
Vermillon, Vert Olive et Bleu Foncé le plaquent au sol et l'immobilisent. Bleu Foncé sort de sa poche un morceau de tissu jaune percé de deux trous pour les yeux et d'un trou pour la bouche. L'Homme a beau se débattre, son visage se retrouve rapidement recouvert par le tissu dûment positionné, puis fixé au crâne à l'aide d'une sorte d'agrafeuse.
Vermillon, Vert Olive et Bleu Foncé le plaquent au sol et l'immobilisent. Bleu Foncé sort de sa poche un morceau de tissu jaune percé de deux trous pour les yeux et d'un trou pour la bouche. L'Homme a beau se débattre, son visage se retrouve rapidement recouvert par le tissu dûment positionné, puis fixé au crâne à l'aide d'une sorte d'agrafeuse.
BLEU FONCÉ, VERMILLON et VERT OLIVE, chacun à leur tour, exécutant une petite courbette
Bienvenue parmi nous, Jaune Primaire.
Ils quittent la pièce. Jaune Primaire, d'abord inerte, se relève péniblement et sort. Sur la table, le homard reste seul.
Ils quittent la pièce. Jaune Primaire, d'abord inerte, se relève péniblement et sort. Sur la table, le homard reste seul.
vendredi 13 mars 2009
Summer time
Une plage en plein été. Elle 45 ans, Lui 49.
LUI
ELLE
LUI
ELLE, se rétractant
LUI
ELLE
LUI
ELLE, après un silence, marchant sur des oeufs
Ah ouais ?
ELLE
Oui… Mais cela n’enlève rien à ton charme. Au contraire même. Les hommes mûrs ont la cote.LUI, dévasté, écarquillé, n’écoutant pas
ELLE
LUI, peu convaincu
ELLE
LUI
ELLE, maternelle
LUI
Silence. Ils se regardent. Elle accuse le coup.
ELLE, vexée
LUI, ironique
Non, ça te va bien je t’assure.
ELLE, cynique
LUI
ELLE, énervée
Silence. Ils soutiennent mutuellement leurs regards, puis il fini par laisser tomber en esquissant un geste d’impuissance.
LUI
Allez, d’accord, excuse moi.ELLE
Un temps.
LUI
ELLE, acide
LUI
Arrête un peu. C’est ce dont je te parlais tout à l’heure : pour être seule, elle a besoin d’être entourée. C'est une jolie forme de solitude, non ?ELLE
Tu es en train de me dire que la « forme de solitude » de cette fille est jolie, c'est bien ça ?LUI
Elle le fixe un instant, silencieuse, puis se met à fouiner dans son sac avec agitation. Elle en extirpe un gros paquet cadeau qu’elle pose sans aucune délicatesse devant elle. Un temps.
LUI
ELLE
A ton avis ?Il reste coi, et la regarde comme un petit garçon pris en faute. Elle se lève et l’embrasse avec tendresse.
ELLE, féline
LUI, avec un sourire
Moi aussi.
mercredi 11 mars 2009
Sur un fil à retordre (critique)
Françoise Lorente a une pêche d'enfer et signe un spectacle à la Comédie Saint Michel : "Sur un fil à retordre".
Lisez en donc la critique ici !
Lisez en donc la critique ici !
12e festival du court métrage de Bruxelles
"Stay the same" est sélectionné pour le 12ème Festival du Court Métrage de Bruxelles, qui aura lieu du 30 avril au 10 mai 2009 à Bruxelles et sera suivi d'une tournée en Wallonie ! Il sera projeté dans le cadre d'un programme spécial hors compétition appelé clips.
Bref, je ne pense pas que je pourrais y être, donc allez-y et racontez-moi après surtout !
Bref, je ne pense pas que je pourrais y être, donc allez-y et racontez-moi après surtout !
dimanche 8 mars 2009
Le Dîner
Le langage, remède efficace du cri vagissement primitif « maman ». Soudain, « maman » est objet, « maman » transportable et permanente, maman articulable. « Papa » s'articule aussi, sauf que papa n’est pas là. Pour tromper l’attente, elle lit des contes à ses enfants, mon frère et moi. Nous attendons le retour de l'hypothèse père, sujet central éloigné du sujet. Ma mère pense à la possible ire de l'homme et ne dépense plus, elle conte. Le remplissage d'assiette est exclu. Écouter lire l'attente structure maigrement la faim. Le frustrant langage fuit de sa bouche, infiniment.
Un énorme miroir fixe la table de la cuisine. Quatre convives doublés spéculaires donnent une table de huit et même un seul assis donne deux. Seules deux places face y plongent directement, les deux autres restent profils.
Tandis que certaines — maman et son double — se plaisent à tromper l’Autre à haute voix dans le langage d'un écrivain absent, mon frère et moi gargouillons en duplication, augmentés par notre deuxième paire de corps plats. Signant son entrée avec fracas, l'Autre surgit. La langue de ma mère arrête le conte subitement caduc. Pluie de silence. Le grand Autre prend place, il a faim. C’est le moment de manger, tous les huit réunis, nous quatre augmentés.
Assis à sa place, le père parle continûment avec faste, en double profil. La mère maugrée de devoir se réduire à l'ingestion. Elle tente désespérément de lui remplir pour la dixième fois son assiette déjà débordante, lourde à n'en plus pouvoir la soulever. Lui proteste vigoureusement, prodiguant mots et grammaire à son faible poignet.

Nous, mon frère mes doubles et moi, mangeons de concert. Qui sont les charlatans entre nos doubles, nous, mon frère et moi ? Qui sont les doubles, qui est quoi, je ne sais pas. Mon frère et moi sommes entre assortis. Il faut de façon impérative que les parts servies dans les quatre assiettes — comprenons deux additionnées de deux autres plates diminuées d’odeur et de saveur — soient identiques. Rigoureusement identiques. Sous peine d’injustice hurlée.
La légale égalité de deux individus de différents sexes, pour ne pas dire opposés, est fondamentale à la fratrie. Cette similitude imitée par perpétuelle contagion de l’un à l’autre à l’un, à la limite de l’indécence, a un impact irrémédiable pourtant souterrain, précieux à cet instant. Nous donc, les deux augmentés bis mangeons en tête à corps, l’œil fiché au fond de nos regards. Transgressant parfois la politesse de notre image, nous allons jusqu’à faire des grimaces. Lui, intervient alors sèchement, rappelant ces corps doubles à l’ordre du mérite. La mère, pâlotte, proteste. Elle veut laisser s’exprimer les petits, la femme défend son faible. Mais elle se voit rapidement emmaillotée dans les filets d'un langage autre, substitué au sien avec une obscène facilité. À ces mots d’homme, elle rétorque des maux de femme ; ses intolérables maux font taire par corps, plongeant vers l'inquiétant ailleurs de la formelle promesse du creux. Elle et lui font ensemble sens lorsqu'elle ne dit pas.
Un corps de femme perdue armée de maux donne vertige, surtout lorsqu’il est retrouvé doublé dans le miroir de la cuisine lors d’un repas où il chipote. Nul ne comprend ce qu’il dit, mais il dévoile le troublant invisible du versant femme. L’interdite maman s’exprime là dans toute la splendeur de son silence. Puis elle mastique. La bouche fermée. Avec application. Elle mastique obsessionnellement, aussi longtemps que le permet la réduction de la nourriture par les dents de son orifice buccal. Son silence s’entache d’un insidieux son permanent. Un bruit de succion entêtant accompagne les liquidités voyageuses et soudain, entêtés que nous devenons mes doubles et moi, il n’y a plus que cette femme mandibule piaffante appliquée à repousser à l’extrême son désir de déglutir. Elle nourrit nos oreilles d’une symphonie bruitiste organique, à l'insupportable déconstruction répétée. Énorme, elle l’est, peu importe son anorexique épaisseur. La beauté fascinante de cette mère se loge dans ses interstices, en pointillé blancs. Les espaces interdits entre ses mots tus et ses maux dits la dévoient alors, et nous baissons les yeux.
Elle transgresse, invisible, le sens.
Un énorme miroir fixe la table de la cuisine. Quatre convives doublés spéculaires donnent une table de huit et même un seul assis donne deux. Seules deux places face y plongent directement, les deux autres restent profils.
Tandis que certaines — maman et son double — se plaisent à tromper l’Autre à haute voix dans le langage d'un écrivain absent, mon frère et moi gargouillons en duplication, augmentés par notre deuxième paire de corps plats. Signant son entrée avec fracas, l'Autre surgit. La langue de ma mère arrête le conte subitement caduc. Pluie de silence. Le grand Autre prend place, il a faim. C’est le moment de manger, tous les huit réunis, nous quatre augmentés.
Assis à sa place, le père parle continûment avec faste, en double profil. La mère maugrée de devoir se réduire à l'ingestion. Elle tente désespérément de lui remplir pour la dixième fois son assiette déjà débordante, lourde à n'en plus pouvoir la soulever. Lui proteste vigoureusement, prodiguant mots et grammaire à son faible poignet.

Nous, mon frère mes doubles et moi, mangeons de concert. Qui sont les charlatans entre nos doubles, nous, mon frère et moi ? Qui sont les doubles, qui est quoi, je ne sais pas. Mon frère et moi sommes entre assortis. Il faut de façon impérative que les parts servies dans les quatre assiettes — comprenons deux additionnées de deux autres plates diminuées d’odeur et de saveur — soient identiques. Rigoureusement identiques. Sous peine d’injustice hurlée.
La légale égalité de deux individus de différents sexes, pour ne pas dire opposés, est fondamentale à la fratrie. Cette similitude imitée par perpétuelle contagion de l’un à l’autre à l’un, à la limite de l’indécence, a un impact irrémédiable pourtant souterrain, précieux à cet instant. Nous donc, les deux augmentés bis mangeons en tête à corps, l’œil fiché au fond de nos regards. Transgressant parfois la politesse de notre image, nous allons jusqu’à faire des grimaces. Lui, intervient alors sèchement, rappelant ces corps doubles à l’ordre du mérite. La mère, pâlotte, proteste. Elle veut laisser s’exprimer les petits, la femme défend son faible. Mais elle se voit rapidement emmaillotée dans les filets d'un langage autre, substitué au sien avec une obscène facilité. À ces mots d’homme, elle rétorque des maux de femme ; ses intolérables maux font taire par corps, plongeant vers l'inquiétant ailleurs de la formelle promesse du creux. Elle et lui font ensemble sens lorsqu'elle ne dit pas.
Un corps de femme perdue armée de maux donne vertige, surtout lorsqu’il est retrouvé doublé dans le miroir de la cuisine lors d’un repas où il chipote. Nul ne comprend ce qu’il dit, mais il dévoile le troublant invisible du versant femme. L’interdite maman s’exprime là dans toute la splendeur de son silence. Puis elle mastique. La bouche fermée. Avec application. Elle mastique obsessionnellement, aussi longtemps que le permet la réduction de la nourriture par les dents de son orifice buccal. Son silence s’entache d’un insidieux son permanent. Un bruit de succion entêtant accompagne les liquidités voyageuses et soudain, entêtés que nous devenons mes doubles et moi, il n’y a plus que cette femme mandibule piaffante appliquée à repousser à l’extrême son désir de déglutir. Elle nourrit nos oreilles d’une symphonie bruitiste organique, à l'insupportable déconstruction répétée. Énorme, elle l’est, peu importe son anorexique épaisseur. La beauté fascinante de cette mère se loge dans ses interstices, en pointillé blancs. Les espaces interdits entre ses mots tus et ses maux dits la dévoient alors, et nous baissons les yeux.
Elle transgresse, invisible, le sens.
"Je me souviens" au Lucernaire

Jérôme Rouger nous "anaphorise" de pied en cap : cliquez ici, c'est ma critique sur Les Trois Coups !
lundi 2 mars 2009
De l'influence du langage sur la destinée d'un Éléphant
Une Souris et un Éléphant sont nez à nez. Long silence.
SOURIS
Tu es fort.ÉLÉPHANT, sincèrement étonné
Ah !SOURIS
Oui. Tu es grand, puissant. Avec toi, je me sens en sécurité.ÉLÉPHANT, se rengorgeant
Vraiment ? Merci.Je dois partir. Au revoir.
Elle s’éloigne.
ÉLÉPHANT, la rattrapant
Hé ! Je peux venir avec toi ?SOURIS
Non.Il ne s'en remit jamais.
jeudi 26 février 2009
La jouissance de l'oeil esthétique (modifié)
"Le regard informe, là où la vision reforme." Jean-Loup Rivière, Chronique du 23 février 2009, France Culture (puisse-t-il me pardonner de l'avoir sorti de son contexte).
À l'écoute, cette phrase m'a provoqué une déflagration interne. Effectivement, outre le genre, la différence entre un regard et une vision est nette. Développons.

"Le regard informe".
Le Regard est une tentative de transcription neutre du réel. À travers lui, tout en gardant à l'esprit l'invariable échec de l'objectivité, on informe le "regardant" (lecteur ou spectateur potentiel) de quelque chose, sans lui induire de point de vue déterminé, de forme. Il peut de cette façon, guilleret, se composer lui-même une pensée en s'appuyant sur ledit Regard. En l'informant, le Regard forme donc la pensée du "regardant" car il lui laisse un espace, condition nécessaire à son existence.
"(...) là où la vision reforme."
La Vision prend ancrage dans le réel, puis le transcende en le réinterprétant : elle lui donne de cette façon une consistance nouvelle. Une Vision se suffit à elle-même ; lorsqu'elle est réussie, elle reforme le réel, rendant subitement accessible l'insaisissable de la pensée humaine. Oserai-je alors dire qu'elle nous offre un ineffable orgasme intellectuel ? Non, je suis trop prude.
Commentaire de Sébastien Hayez :
"Très intéressant, même si je n'ai pas entendu l'émission.
Tu passes à côté de l'aspect "visionnaire" de la vision (même si tu la pressens) : si je prend la vison dans son autre sens, non optique, la vision reforme car avoir une "vision" c'est reconnaitre les choses d'emblée, être dépassé, être révélé par une image, ou la vision d'une image (image produite par l'homme ou l'œil).
Le regard serait presque seulement, une orientation du fait de "voir".
Si je fais l'analogie avec le son…
Le regard serait "entendre" quand la vision serait au delà de l'écoute : la compréhension d'une écoute.
Là, où je peux te rejoindre et percevoir ce que tu peux comprendre, c'est que dans l'image, une description du réel est incomplète tant qu'on ne l'a pas dépassé par une traduction "visionnaire", réinterprétée qui saura lui donner une forme traduite, à la hauteur de ce que tu as pu en comprendre, ou ressentir.
Peut-être que je m'égare trop."
Commentaire réponse :
"En fait, je crois que ma note n'est pas très claire. Ce que tu définis comme "visionnaire", c'est exactement ce que j'ai voulu dire.
Déjà, je ne parlais pas du tout de la Vision et du Regard en terme physiologique, mais en terme d'expression. C'était une exploration, toute subjective, de la différence entre l'expression d'un Regard et l'expression d'une Vision.
Pour essayer de résumer mon propos, la Vision a une dimension artistique intrinsèque que le Regard n'a pas.
Par contre, le Regard peut être à l'origine d'une Vision, car il inclut "l'Autre", contrairement à la Vision qui se suffit à elle-même.
Pour illustrer, le théâtre de Ionesco serait une Vision, une recette de cuisine un Regard...
Je ne sais pas si nous sommes réellement d'accord quand tu dis qu'un Regard seul sur le réel est incomplet. Pour moi les deux approches — Regard et Vision — sont intéressantes, quoique de styles différents.
Bon, j'avoue, j'ai un faible pour les Visions car elles me bouleversent plus."
À l'écoute, cette phrase m'a provoqué une déflagration interne. Effectivement, outre le genre, la différence entre un regard et une vision est nette. Développons.

"Le regard informe".
Le Regard est une tentative de transcription neutre du réel. À travers lui, tout en gardant à l'esprit l'invariable échec de l'objectivité, on informe le "regardant" (lecteur ou spectateur potentiel) de quelque chose, sans lui induire de point de vue déterminé, de forme. Il peut de cette façon, guilleret, se composer lui-même une pensée en s'appuyant sur ledit Regard. En l'informant, le Regard forme donc la pensée du "regardant" car il lui laisse un espace, condition nécessaire à son existence.
"(...) là où la vision reforme."
La Vision prend ancrage dans le réel, puis le transcende en le réinterprétant : elle lui donne de cette façon une consistance nouvelle. Une Vision se suffit à elle-même ; lorsqu'elle est réussie, elle reforme le réel, rendant subitement accessible l'insaisissable de la pensée humaine. Oserai-je alors dire qu'elle nous offre un ineffable orgasme intellectuel ? Non, je suis trop prude.
Commentaire de Sébastien Hayez :
"Très intéressant, même si je n'ai pas entendu l'émission.
Tu passes à côté de l'aspect "visionnaire" de la vision (même si tu la pressens) : si je prend la vison dans son autre sens, non optique, la vision reforme car avoir une "vision" c'est reconnaitre les choses d'emblée, être dépassé, être révélé par une image, ou la vision d'une image (image produite par l'homme ou l'œil).
Le regard serait presque seulement, une orientation du fait de "voir".
Si je fais l'analogie avec le son…
Le regard serait "entendre" quand la vision serait au delà de l'écoute : la compréhension d'une écoute.
Là, où je peux te rejoindre et percevoir ce que tu peux comprendre, c'est que dans l'image, une description du réel est incomplète tant qu'on ne l'a pas dépassé par une traduction "visionnaire", réinterprétée qui saura lui donner une forme traduite, à la hauteur de ce que tu as pu en comprendre, ou ressentir.
Peut-être que je m'égare trop."
Commentaire réponse :
"En fait, je crois que ma note n'est pas très claire. Ce que tu définis comme "visionnaire", c'est exactement ce que j'ai voulu dire.
Déjà, je ne parlais pas du tout de la Vision et du Regard en terme physiologique, mais en terme d'expression. C'était une exploration, toute subjective, de la différence entre l'expression d'un Regard et l'expression d'une Vision.
Pour essayer de résumer mon propos, la Vision a une dimension artistique intrinsèque que le Regard n'a pas.
Par contre, le Regard peut être à l'origine d'une Vision, car il inclut "l'Autre", contrairement à la Vision qui se suffit à elle-même.
Pour illustrer, le théâtre de Ionesco serait une Vision, une recette de cuisine un Regard...
Je ne sais pas si nous sommes réellement d'accord quand tu dis qu'un Regard seul sur le réel est incomplet. Pour moi les deux approches — Regard et Vision — sont intéressantes, quoique de styles différents.
Bon, j'avoue, j'ai un faible pour les Visions car elles me bouleversent plus."
dimanche 22 février 2009
De l'influence du langage sur la destinée d'une Souris
Une Souris et un Éléphant sont nez à nez. Long silence.
SOURIS
Je suis faible.SOURIS
ÉLÉPHANT, sincèrement étonné
Ah !SOURIS
Oui. Tu es grand… Tu me fais peurÉLÉPHANT
Peur ? Mais peur de quoi ?Avec tes grands pieds, tu pourrais m’écraser sans même t’en rendre compte.
ÉLÉPHANT
Ah oui. Je n’y avais pas pensé.Alors il l’écrase.
samedi 21 février 2009
vendredi 20 février 2009
Gombrowicz à l'honneur
« La normalité n'est qu'une corde de funambule au-dessus des abîmes
de l'anormal. » Witold Gombrowicz
"La Flèche et le Moineau", adaptation des écrits de Gombrowicz mis en scène par Didier Galas, je n'ai rien d'autre à dire sauf que c'est fantastique.
Enfin si, il y a d'autres choses, mais faut aller les lire dans la critique.
En tout cas ça se rejoue au Centre Georges Pompidou du 4 au 8 mars, je vous le conseille vivement. Et appelez moi si vous y allez, on ira boire un pot après !
de l'anormal. » Witold Gombrowicz
"La Flèche et le Moineau", adaptation des écrits de Gombrowicz mis en scène par Didier Galas, je n'ai rien d'autre à dire sauf que c'est fantastique.
Enfin si, il y a d'autres choses, mais faut aller les lire dans la critique.
En tout cas ça se rejoue au Centre Georges Pompidou du 4 au 8 mars, je vous le conseille vivement. Et appelez moi si vous y allez, on ira boire un pot après !
mercredi 18 février 2009
Sa preuve fatale confondra tous les cochons d'inde en faction
C'est toujours très dubitative que je lis les petits papiers publicitaires des Marabouts qu'on me distribue à la sortie du métro Barbès. Regardons ensemble."Grand médium - Voyant discret". Il est grand, il est médium, il voit sans être vu. Il est donc malin.
"Regardez bien ce qu'il a en main, c'est une preuve fatale !" Je ne vois rien, moi. Que peut-il avoir en main pouvant faire office de preuve fatale, le bougre ! Une baguette magique ? Un sceptre en cristal ? Une tête de bouc ? À moins de se risquer à lui rendre visite, on ne saura jamais.
Ensuite — et invariablement — il nous parle d'amour : "Si vous voulez vous faire aimer et si votre partenaire est parti (e) avec quelqu'un, c'est du domaine." On y est. Toi qui te sens seul, toi qui es timide, toi qui es un peu, beaucoup ou passionnément malheureux, c'est du domaine. Ce grand médium discret a en main la preuve fatale et règne sur le domaine de la détresse affective.
Si on l'invoque :"Vous serez aimé et votre partenaire reviendra." Respect. À l'en croire, ce monsieur est sacrément puissant.
"Il courra derrière vous comme un chien derrière son maître." Donc, non content de résoudre nos problèmes de solitudes et de conflits conjugaux, il peut aussi ôter à une personne toute volonté propre. Il vaut mieux être son ami, si je comprends bien. Quelle étrange vision de l'amour ! Pour ma part, un type transformé en petit toutou obéissant galopant derrière moi me fatiguerai plutôt qu'autre chose. Je crois que je finirai par l'enfermer quelque part, en jetant la clef dans un marais, pour qu'il arrête de me coller aux basques.
"Il créera entre votre partenaire et vous une entente parfaite sur la base de l'amour." D'accord, récapitulons : un grand homme mystérieux car discret, tenant en main la preuve fatale, règne sur le domaine de la détresse affective. Il est très puissant, tellement puissant qu'il peut ôter à certains êtres humains toute volonté propre et créer entre eux une entente parfaite sur la base de l'amour. Ce Monsieur, quoiqu'un peu inquiétant, a l'air d'un type bien, non ? Il faudrait le présenter à Sarkozy. J'insiste aussi sur le fait qu'il vaut mieux être son ami, car je suppose que ce qu'il peut faire, il peut le défaire, ou pire, créer l'opposé...
"Les problèmes qui vous paraissent désespérés, etc... Seront résolus" Là, il fait mouche. Cet "etc..." est un messie ! Grâce à lui, la totalité des mots qu'on a envie d'attribuer à cet "etc" et à ses "..." seront résolus. C'est magique ! Vraiment, cet homme est merveilleux car il nous assure en plus la "protection contre les mauvais esprits, le succès aux examens", et encore mieux, "la réussite dans tous les domaines." Bon : là, si avec tout ça on n'a pas besoin de lui, c'est qu'on est un cochon d'inde.
Heu. Voilà, je l'ai dit. Vous connaissez ma véritable nature : le cochon d'inde. Mais si vous allez y faire un tour, dites-moi à quoi ressemble cette intriguante preuve fatale, d'accord ? Oui, c'est curieux un cochon d'inde.
lundi 16 février 2009
Occulte Dom Juan
Pour ce Dom Juan à la Comédie Saint Michel, je crois tout simplement que la metteuse en scène Clémence Mercier et moi avons des visions esthétiques parallèles, mais il paraît que les goûts et les couleurs ne se discutent pas.
Comme d'habitude, pour savoir plus précisément de quoi il retourne, rendez-vous à l'article sur Les Trois Coups.
Comme d'habitude, pour savoir plus précisément de quoi il retourne, rendez-vous à l'article sur Les Trois Coups.
vendredi 13 février 2009
Note : bien oublier de se rappeler
Le temps passe, et c'est toujours avec étonnement qu'on tombe par hasard sur un vieux paquet de souvenirs, le genre de paquet enfoui si loin qu'on aurait juré qu'il n'existe plus. Lorsqu'il apparaît, il entraîne avec lui un cortège de réminiscences. "C'est bien moi ce dos, là, sur la photo ?" Oui, c'est bien nous. Il y a dix ans. Dix ans ! Et d'ausculter le dos sur papier glacé, l'oeil rivé à la surface, protubérant d'attention. Il scrute, dans l'espoir de trouver un indice supplémentaire sur ce "moi" perdu, cet étranger pourtant si familier. Les petits paquets emplis de mémoire s'ouvrent un à un. Ils témoignent. Ce dos, cet appartement, cet homme, ce contexte : une personne qui porte exactement le même nom que moi, une homonyme inconnue dont je suis issue. Maintenant disparue.
Et dire qu'à chaque seconde notre être se dissout nouvellement dans le présent...
Et dire qu'à chaque seconde notre être se dissout nouvellement dans le présent...
jeudi 12 février 2009
Chauvine audace
Force m’est de constater la chronique inertie du Français. Le Français tournoie sur lui-même un nombre incalculable de fois avant d’oser poser un pied devant l’autre pour avancer. Il croit aux diplômes et autres pedigrees. Il est sous le joug de l’œil d’autrui. Atrocement. Le Français a développé la folie de la justification. Avant d’agir, il lui faut prouver avec des mots qu’il le peut. Il se lance et le voilà alors qui bombe le torse, tortille du cul et toise son interlocuteur.
Lorsqu’un Français, fort d’une subite motivation, se lance avec ferveur dans une activité, il dérange ses comparses. « Comment osez-vous affirmer votre propos alors que vous n’êtes pas spécialiste ? », lui oppose-t-on.
Si d’aventure un gentil candide parvient à vaincre sa maladive pétrification, et qu’il ose enfin frapper à une porte de spécialistes — ceux qui ont déjà tout bien justifié - ils exultent ! On le regarde de haut. Ce qu’il ne sait pas, l’innocent, c’est que la force de son engouement et ses yeux suintants d’adoration servent de validation aux autres. On lui oppose avec une moue hautaine qu’il n’a pas la formation suffisante, que pour accéder au poste tant chéri, il devra d’abord beaucoup travailler et que c’est très difficile. Et puis, il n’a pas assez d’expérience, le travail, ça se mérite. Autant de façon pour ces frileux de se mettre eux-mêmes en valeur. Mais lui, consumé d’admiration, les lorgne. Son œil de dorade amoureuse ne les trompe pas, il est perdu.
Le Français aime à critiquer l’Américain au sujet de ses manières car le sans-gêne de l’Américain crée une profonde déflagration dans son univers : « Comment ose-t’il ? » Justement, il ose. L’audace ne s’explique pas, elle se vit. Elle peut certes jurer avec la bienséance, être déplacée ou prêter à confusion. Mais elle ne s’explique pas, ce qui est absolument problématique pour notre ami français, empêtré dans ses montagnes habituelles de justifications.
Nous sommes polis, nous sommes distingués, soyons raffinés, oui, restons Français. Mais si c’est être Américain que d’avoir de l’audace, alors je le revendique : je suis aussi Américaine.
Lorsqu’un Français, fort d’une subite motivation, se lance avec ferveur dans une activité, il dérange ses comparses. « Comment osez-vous affirmer votre propos alors que vous n’êtes pas spécialiste ? », lui oppose-t-on.
Si d’aventure un gentil candide parvient à vaincre sa maladive pétrification, et qu’il ose enfin frapper à une porte de spécialistes — ceux qui ont déjà tout bien justifié - ils exultent ! On le regarde de haut. Ce qu’il ne sait pas, l’innocent, c’est que la force de son engouement et ses yeux suintants d’adoration servent de validation aux autres. On lui oppose avec une moue hautaine qu’il n’a pas la formation suffisante, que pour accéder au poste tant chéri, il devra d’abord beaucoup travailler et que c’est très difficile. Et puis, il n’a pas assez d’expérience, le travail, ça se mérite. Autant de façon pour ces frileux de se mettre eux-mêmes en valeur. Mais lui, consumé d’admiration, les lorgne. Son œil de dorade amoureuse ne les trompe pas, il est perdu.
Le Français aime à critiquer l’Américain au sujet de ses manières car le sans-gêne de l’Américain crée une profonde déflagration dans son univers : « Comment ose-t’il ? » Justement, il ose. L’audace ne s’explique pas, elle se vit. Elle peut certes jurer avec la bienséance, être déplacée ou prêter à confusion. Mais elle ne s’explique pas, ce qui est absolument problématique pour notre ami français, empêtré dans ses montagnes habituelles de justifications.
Nous sommes polis, nous sommes distingués, soyons raffinés, oui, restons Français. Mais si c’est être Américain que d’avoir de l’audace, alors je le revendique : je suis aussi Américaine.
mardi 10 février 2009
De la beauté
lundi 9 février 2009
"Hamlet" prend un coup de jeune !
vendredi 6 février 2009
Générique sauvé de la noyade
Je ne vous l'avais jamais dit mais j'ai fait un générique.
Il y a un bout de temps maintenant. Il fallait se dépécher pour la projection au cinéma La Pagode, 75007 represent.
C'était pour "View on da Sea" le Road trip d'Artus de Lavilléon, mon cher artiste-skateur-punk-philosophe et de Ramdane Touhami surdoué des affaires fou, personnages atypiques avec qui l'existence prend la saveur de l'imprévu.
Le film, il est là. Le générique, au début, avec la mer et tous les gribouillis, c'est lui.
Je vous le mets ici aussi.
View on the sea from Artus de Lavilléon on Vimeo.
Il y a un bout de temps maintenant. Il fallait se dépécher pour la projection au cinéma La Pagode, 75007 represent.
C'était pour "View on da Sea" le Road trip d'Artus de Lavilléon, mon cher artiste-skateur-punk-philosophe et de Ramdane Touhami surdoué des affaires fou, personnages atypiques avec qui l'existence prend la saveur de l'imprévu.
Le film, il est là. Le générique, au début, avec la mer et tous les gribouillis, c'est lui.
Je vous le mets ici aussi.
View on the sea from Artus de Lavilléon on Vimeo.
mercredi 4 février 2009
Avis aux Bruxellois

Dans le cadre du festival Anima 2009, mon clip "Sexto Andar", réalisé fin 2007 avec Emilie Sandoval et Aurélie Pollet pour le groupe portugais Cla, figurera dans le programme compétitif clips musicaux dont la projection se tiendra le Vendredi 27 février à 17h30 au Studio 5 ainsi que le samedi 28 février à 18h au Studio 4 du Flagey.
Adresse :
Flagey
Place Flagey, entrée Place Sainte Croix 4
1050 Bruxelles
Réservation :
Folioscope
Avenue de Stalingrad 52,
1000 BRUXELLES
Tél. : +32 (0) 2 641 10 20
Si vous passez par là, racontez moi !
"L'Humanité sans la tête"

Une pièce de François Chaffin mise en scène par Gersende Michel avec Jean-Louis Baille, Céline Liger, Sandra Macedo, Bernard Montini et Patrick Verschueren.
La tête, ils ne me l’ont pas prise, bien au contraire ! La critique ici.
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